Paul Surtel naît à Reuilly (Indre) le 20 septembre 1893, dans la belle maison moyenâgeuse où son père tient le café hérité du grand-père. Son enfance s’écoule à quelques centaines de mètres de là « dans un moulin, au bord d’une rivière, l’Arnon, aux tendresses schubertiennes. »


Le cœur de cette enfance rêveuse et de tout un pan de sa vie adulte, c’est Fernand Maillaud, le « bon maître », ami du père de Paul, peintre paysagiste, qui fait de longs séjours au moulin.
Après l’école du village, c’est le collège d’Issoudun… et à partir de 1904, Paris, le lycée Charlemagne, les Arts Décoratifs, et surtout « l’école buissonnière », les visites de musées et des expositions dans les galeries parisiennes. Il s’éprend alors de Rembrandt, Corot et des Impressionnistes.

Arrive la guerre de 1914-1918. La famille quitte Paris et s’installe à Dampmart (Seine et Marne). Réformé jusqu’en 1916, Paul Surtel sculpte un peu (cinq ou six bustes de femmes). Reconnu ensuite apte au service militaire, il fait ses classes au Fort Lamotte à Lyon, en 1916. Il y connaît « une désespérance sans nom » ; seule l’amitié d’Henri Focillon éclaire ses ténèbres.

Il part à la guerre comme artilleur début 1917. De Seine et Marne en Lorraine, Belgique, Somme, il passe d’offensives en cantonnements. Alors il se laisse reprendre par la nature, dessine selon les conseils du « bon maître », qui l’incite à ne pas s’embarrasser de technique, à laisser l’émotion guider sa main, le métier s’acquérant de lui-même à force d’attention et de travail. Au front, il rencontre Raymond Payelle (l’écrivain Philippe Hériat), qui restera son ami jusqu’à la mort.

Démobilisé à Hyères, où ses parents ont déménagé, Paul trouve une occupation de contremaître forestier dans les forêts du Var, et découvre la nature provençale qui deviendra la source de son œuvre.

Marié en 1921, il acquiert en 1922 une exploitation vinicole près de Gonfaron. Jusqu’en 1936, il cultive sa vigne et cependant vole un peu de temps au travail de vigneron pour dessiner. Puis, à 33 ans, soutenu par l’affection du « bon maître » et de Raymond Christoflour, il se met enfin à peindre.

En 1936, ce grand rêve d’une vie d’artiste matériellement alimenté par le travail de la terre s’écroule, et la famille se défait.

1937, Paul Surtel rencontre Elia Duc, alors jeune professeur à Mostaganem, lors d’une de ses premières expositions à Oran. Ils se marient en 1939, et l’artiste passe dans ce qu’il nomme « le versant ensoleillé de ma vie. »

Suivront quarante huit années de création passionnée, d’abord à Peipin (Alpes de Haute Provence) jusqu’en 1946. Les tableaux de cette époque rayonnent de tendresse, de légèreté, d’effusion, à travers une matière impalpable.

Après deux ans dans le Quercy, puis trois à Orange, la famille se fixe en 1951 à Carpentras, dans le Vaucluse, où Elia est nommée professeur. C’est une grande maisonnée de sept personnes : deux jeunes enfants, François, Pierre – un troisième, Jean, naîtra ensuite – et trois grands-parents. C’est là que Paul Surtel entre dans la plénitude de sa vie d’homme et d’artiste. C’est là qu’il produit la moisson la plus abondante, la plus accomplie, la plus diversifiée, au long des trente quatre années où des amis très chers constituent le seul public qui l’intéresse en vérité.

A partir des années 60, il ajoute aux paysages, natures mortes et portraits. Deux jeunes peintres qu’il encourage et admire, Ibrahim Shadha et Dominique Barrot, l’accompagnent dans ses goûts et ses enthousiasmes. Des vignes et des vergers entourent sa maison, et il reprend un peu, mais en amateur, les travaux terriens des premiers temps.

Cet artiste manifeste tout au long de sa vie un autre talent, celui de l’écriture. La plume de Paul Surtel est aussi vive, délicate et colorée que son pinceau, et c’est sur le mode épistolaire qu’il décline cette facette de sa personnalité. Il laisse une imposante correspondance avec proches et amis, peintres ou écrivains.

Doué d’une étonnante mémoire, d’un humour élégant, d’une parole vive et imprévue, Paul rassemble autour de lui des visiteurs suspendus à ses lèvres, conquis par la conviction de ses sentiments et de sa pensée, et par l’irrésistible drôlerie de ses intarissables histoires. Angoissé par nature, il aime voir les gens heureux autour de lui, et sait conjurer les soucis par le rire, un rire communicatif, intelligent et pur. Il garde son cœur d’enfant jusqu’à sa mort, le 25 mai 1985, simple et confiante comme un « endormissement ».


Paul Surtel is born on September 20th, 1893, in Reuilly (Indre), in the beautiful medieval house where his father runs the café he inherited from the grand-father. He spends his childhood a few yards away, “in a mill, on the Arnon riverside, amidst Schubertian tenderness.”
The heart of this dreamy childhood and of a whole chapter in his grown-up life is Fernand Maillaud, the “good master”, a friend of Paul’s father and a landscape painter, who will stay at the mill for long periods.
After attending the village primary school, Paul goes to high school in Issoudun, and then, from 1904, to the Lycée Charlemagne in Paris. Afterwards, he attends the Arts Décoratifs College, although he plays hookey most of the time, visiting museums and art galleries in Paris. At that time, he falls in love with Rembrandt, Corot and the Impressionists.
World War I breaks out. Paul’s family moves from Paris to Dampmart (Seine et Marne). Paul is declared unfit for service until 1916, so he does some sculpting (5 or 6 feminine busts). Then, in 1916, he has to go to Fort Lamotte, in Lyon, for military training. There, he lives in a “nameless desperation” ; his friendship with Henri Focillon is the only light in this darkness.
At the beginning of 1917 he is sent to the war as a gunner. Between offensives and billets, from eastern France to northen and Belgium, he is caught up again in Nature and starts drawing, following the “good master”s advice, who encourages him to forget technique and to let emotion guide his hand, as the skill is acquired automatically with work and attention. On the frontline, he meets Raymond Payelle (the writer Philippe Hériat), who will remain his friend until his death.
Demobilized in Hyeres, where his parents have moved, Paul founds a job as a forestry foreman in the Var forest, and discovers the Provençal nature, future source of his work.
He marries in 1921 and buys a vineyard near Gonfaron in 1922. Until 1936, he grows his vine and yet steals some time from this work to draw. Then, at the age of 33, helped by the fondness of his “good master” and of Raymond Christoflour, he finally begins to paint.
This great dream of an artist life supported by the work of the land, collapses in 1936, and the family breaks up.
In 1937, during one of his first exhibitions in Oran, Paul Surtel meets Elia Duc, who is at that time a young teacher in Mostagabem. With their marriage in 1939, the artist enters what he will call “the sunny side of my life.” Forty-eight years of passionate creation will follow, starting in Peipin (Alpes de Haute Provence) where the couple stays until 1946. Canvasses from that time glow with tenderness, lightness and fervour, through an extremely fine touch.
In 1951, after spending two years in Quercy and then three in Orange, the family sets in Carpentras, in the Vaucluse region, where Elia is appointed as a teacher. The household is a large one : two youngs sons, François and Pierre – a third one, Jean, will come later – plus three grand-parents. This is where Paul Surtel enters the fullness of his life as a man and as an artist, and where he achieves his most prolific, accomplished, diversified harvest, during those thirty-four years when his dearest friends are the only public he really cares for.
From the 60’s, he adds still life and portraits to his landscapes. Two young painters whom he encouraged and admired, Ibrahim Shada and Dominique Barrot, share his likings and enthousiasms. As a vineyard and an orchard surround his house, he somehow resumes, but only amateurishly, the rural labour of the early times.
All along his life, this artist shows also another gift : writing. Paul Surtel’s style is as lively, sensitive and colorfull as his painting, and this side of his talent is unfolded on the epistolary way. He leaves an impressive correspondence with close relatives and friends, painters or writers.
Endowed with an amazing memory, a stylish sense of humour, a sharp and unexpected speech, Paul gathers around him visitors who are hanging on his words, won over by his convinced feelings or opinions and by his hilarious endless tales. Being an anxious person, he likes to be surrounded by happy people, and knows how to ward off worries with laugh, a pure, infectious and intelligent laugh.
He keeps a child’s heart until his death, on May 25th, 1985, which is as “simple and confident as falling asleep”.

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